
Contrairement à ce que l'on entend souvent, les Français s'intéressent beaucoup plus à l'économie qu'on ne pourrait le croire; enquêtes, études et sondages montrent que les trois quarts d'entre eux considèrent l'économie comme plus importante que la politique. Mieux encore, selon un récent sondage publié par L'Expansion, des notions économiques telles que le profit ou le pouvoir d'achat n'ont pas de secret pour les Français, contrairement à nos voisins allemands, italiens, espagnols, néerlandais, et même anglais, précurseurs de l'économie moderne !
Cependant, dans le même temps, une large majorité ne s'estime pas assez compétente et ne demande qu'à être formée - et mieux informée en matière économique. On peut difficilement leur donner tort: le même sondage montre que les français sont des cancres lorsqu'il s'agit de calculer des pourcentages....
Le paradoxe est là: tout le monde est d'accord pour dire que des connaissances économiques sont essentielles aujourd'hui pour réussir dans la vie, personne ne nie qu'il faut absolument faire quelque chose, et pourtant rien n'avance vraiment!
Prenons l'école par exemple: en vingt ans, la part de l'économie dans l'enseignement pour tous les élèves a régressé. Seules les filières SES et STG lui accordent une place substantielle. Au final, plus de la moitié des élèves de l'enseignement général (57%) sort du lycée sans qu'on ne leur ait jamais parlé d'économie. Douze années d'études, de l'école primaire au bac, sans la moindre initiation à ce qui va conditionner toute leur vie!
Certes, il reste les filières ES et STG: mais de quelle économie s'agit-il ? Celle des grandes théories, où Adam Smith, Keynes et Friedmann tiennent la dragée haute, ou celle de l'économie réelle, basée sur des faits, vécue au jour le jour, celle qui touche au compte en banque et leur vie professionnelle, celle qui intéresse le plus les Français ?
Le rapport Guesnerie s'interroge à juste titre sur « la part prépondérante des références à l'analyse macroéconomique [dans les programmes], qui s'appuie sur les savoirs les plus difficiles et les moins consensuels de la discipline, alors que le savoir microéconomique est souvent mieux fondé et plus simplement applicable, plus susceptible d'éclairer des expériences de la vie courante ».
Car ce n'est pas une économie abstraite, théorique et déconnectée du monde réel que les Français souhaitent... Non ! Ce qu'ils veulent vraiment, ce qu'ils expriment à travers tous les sondages et les études d'opinion, c'est leur envie de mieux comprendre le fonctionnement au quotidien de la vie économique : où vont leurs impôts ? Comment se gère une entreprise ? Quel est le rôle précis des banques ? Que signifient les retenues sur leur bulletin de salaire ?
Ce n'est pas la télévision non plus qui va les aider ; les chaînes télévisées semblent donner davantage d'importance dans leurs programmes à la fiction et aux émissions de télé réalité ou de divertissement qu'aux émissions permettant de comprendre le fonctionnement de l'économie réelle...
Qu'on leur donne enfin, tous ensemble, enseignants, chefs d'entreprise, médias, parents d'élève, pouvoirs publics, les outils pour comprendre le monde ! Celui d'aujourd'hui, afin d'être de bons architectes pour construire ... le monde de demain.